"Nous œuvrerons pour une meilleure Europe" a déclaré le président Christofias

La présidence chypriote qui sera à la tête du Conseil de l'UE pendant le second semestre 2012 concentrera ses efforts sur une Europe plus efficace et plus "durable", dotée d'une économie plus performante fondée sur la croissance, qui ait plus de sens pour ses citoyens et joue un rôle actif dans le monde, a déclaré Demetris Christofias, président de la République de Chypre, dans un entretien pour ce site.

<p>M. Demetris Christofias<br /> Président de la République de Chypre<br /> © Bureau du Président de la République de Chypre</p>

M. Demetris Christofias
Président de la République de Chypre
© Bureau du Président de la République de Chypre

Monsieur le Président, avant d'assurer la présidence tournante du Conseil de l'UE pour la première fois depuis que Chypre a adhéré à l'Union européenne en 2004, votre pays a évoqué la vision d'une meilleure Europe, d'une Union ayant plus de sens pour ses citoyens et aux yeux du monde, offrant des perspectives positives, notamment aux jeunes générations. Comment peut-on favoriser la concrétisation de cette vision dans l'environnement économique actuel?

La présidence chypriote œuvrera pour une meilleure Europe, une Union européenne qui ait plus de sens pour ses citoyens et aux yeux du monde. Nous estimons que les discussions ne doivent plus porter sur la question traditionnelle consistant à se demander s'il faudrait "plus" ou "moins" d'Europe. Ce qui importe maintenant est de disposer d'une meilleure Europe, plus efficace et "durable", une Europe dotée d'une économie plus performante fondée sur la croissance, une Europe qui ait plus de sens pour ses citoyens et une Europe jouant un rôle actif dans le monde et qui est proche de ses voisins.

Il est incontestable que les conséquences socioéconomiques de la crise financière et de la crise des dettes souveraines qui ont touché l'UE ont eu des effets négatifs sur la vie quotidienne des Européens, ce qui a gravement porté atteinte à la cohésion sociale. Il est grand temps d'axer tous nos efforts sur une meilleure Europe pour les jeunes générations. Tel est l'objectif de la présidence chypriote: une Europe de l'espoir. Même un petit pas dans cette direction sera considéré comme un succès. Il ne s'agit pas là d'une déclaration présomptueuse, nous sommes conscients qu'un semestre est une période de temps limitée; mais, nous savons aussi qu'il est temps désormais de concentrer notre action sur la croissance et de promouvoir la création d'emplois et les perspectives professionnelles surtout pour les jeunes qui représentent l'avenir de notre Europe.

Quelles sont les priorités qui seront au cœur des discussions du Conseil pendant la présidence chypriote?

Il y a un certain nombre de priorités et de questions importantes qui feront l'objet de débats au sein du Conseil pendant la présidence chypriote, notamment:

  • le cadre financier pluriannuel - 2014-2020 (et les programmes financiers correspondants): le but est de mener à bien les négociations et de parvenir à un budget équitable et efficace créateur de croissance et de perspectives d'emploi;
  • la politique de cohésion: la présidence a pour objectif de faire avancer ce dossier le plus possible, étant donné que la conclusion des négociations sur le nouveau cadre réglementaire de la politique de cohésion est essentielle. Elle dépend bien sûr de l'achèvement des négociations sur le cadre financier pluriannuel;
  • la politique agricole commune (PAC): la présidence chypriote s'efforcera de faire franchir une étape supplémentaire aux discussions. Elle mettra tout en œuvre pour s'assurer que, au moment où un accord sera dégagé sur le CFP, les travaux sur le fond des réformes de la PAC aient atteint un stade avancé afin qu'ils puissent être conclus rapidement par la suite.
  • la gouvernance économique - la crise économique - la croissance: la présidence chypriote souhaite travailler sur le nouveau cadre renforcé de gouvernance économique et accroître la surveillance budgétaire afin de garantir la stabilité budgétaire. En outre, la présidence chypriote encouragera les politiques qui stimuleront la croissance et seront porteuses d'efficacité, de prospérité et d'emplois. L'accent sera mis sur les domaines créateurs de croissance, y compris le cadre financier pluriannuel (CFP) 2014-2020, l'approfondissement du marché unique, la mise en œuvre de la stratégie Europe 2020 et le "paquet emploi" et l'Initiative sur les perspectives d'emploi des jeunes;
  • le régime d'asile européen commun: nous avons pour objectif de parvenir à l'établissement d'un régime d'asile européen commun d'ici la fin 2012, l'accent étant mis sur le renforcement de la coopération pratique entre les États membres en matière de protection des droits des personnes ayant besoin d'une protection internationale;
  • le marché unique: nous voulons encourager l'approfondissement du marché intérieur afin de revitaliser l'économie européenne, réaliser des progrès sociaux et répondre aux besoins des PME et des consommateurs;
  • le "paquet élargissement": nous avons l'intention de promouvoir les processus/actions nécessaires pour faire avancer la politique d'élargissement.

 

Les négociations du cadre financier pluriannuel couvrant la période 2014-2020 constituent l'un des plus grands défis que vous aurez à relever. Comment la présidence chypriote peut-elle contribuer à mener ces négociations à bonne fin?

Sur la base de l'excellent travail réalisé par la présidence danoise, nous avons hâte d'"hériter" de ce dossier. Nous ne ménagerons pas nos efforts pour mener ces négociations à terme. Nous avons pour ambition de dégager un accord sur un budget de l'UE équitable et efficace qui s'efforcerait de créer de la croissance et d'améliorer la compétitivité à travers l'Union, en ouvrant des perspectives d'emploi tout en tenant compte, parallèlement, de la reprise économique des États membres. Toute la discussion portant sur la question de l'environnement économique actuel est toutefois délicate et exige le respect des efforts déployés par les États membres pour concilier assainissement budgétaire d'une part et croissance et création d'emplois d'autre part tout en préservant la cohésion sociale.

Dans ces négociations, la présidence chypriote jouera le rôle de médiateur. Une bonne coopération entre les institutions de l'UE, préservant la "méthode communautaire", est d'une extrême importance et permettra un accord politique d'ici la fin de l'année, en étroite collaboration avec le président Van Rompuy. En respectant l'équilibre institutionnel, nous poursuivrons le processus de consultation, comme ce fut le cas au cours des présidences polonaise et danoise, et nous travaillerons dans un esprit constructif avec le Parlement européen.

La présidence chypriote continuera d'utiliser le cadre de négociation élaboré à l'origine par la présidence danoise comme outil de base permettant de rendre compte des résultats des discussions. Afin de faire avancer les négociations, nous prévoyons d'organiser des réunions bilatérales intensives, à Bruxelles, en juillet, avec les États membres, au niveau tant politique que technique/des experts. Ces réunions auront pour but de discuter des priorités de chaque État membre. Parallèlement, nous envisageons de mobiliser toutes les instances préparatoires du Conseil pour parvenir à une discussion collective lors de la session du Conseil des affaires générales de juillet. Le CFP sera inscrit à l'ordre du jour de toutes les sessions du Conseil des affaires générales, pendant la présidence chypriote, jusqu'à ce que les négociations soient achevées. Hormis les sessions formelles du Conseil des affaires générales, nous prévoyons d'organiser une réunion informelle des ministres des affaires européennes, à Chypre, le 30 août, qui sera consacrée au CFP. Nous avons pour objectif de porter ce dossier au niveau requis pour parvenir à un accord politique lors du Conseil européen d'octobre. Si cela ne s'avère pas possible, les discussions se poursuivront au sein du Coreper (Comité des représentants permanents) et du Conseil des affaires générales pour préparer le terrain en vue de la conclusion de ce dossier lors du Conseil européen de décembre.

D'une manière générale, le débat sur le CFP ne devrait pas se limiter à une simple discussion concernant les positions nettes des États membres, il devrait aller au-delà. Le budget devrait s'efforcer d'être porteur de croissance et de compétitivité dans l'ensemble de l'Union ainsi que de solidarité et d'équité, contribuant ainsi à la cohésion sociale.

En ce qui concerne les principales politiques communes relevant du CFP, telles que la politique de cohésion, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche ainsi que la politique en matière de recherche et d'innovation - Horizon 2020, la présidence mettra tout en œuvre pour réaliser le plus d'avancées possibles dans les négociations.

Quelles sont les nouvelles mesures qui seraient utiles pour faire sortir la zone euro de la crise, renforcer encore la gouvernance économique, assurer la stabilité financière et parvenir à des taux d'emploi et de croissance durable plus élevés?

Un certain nombre de mesures importantes ont été prises afin de renforcer la gouvernance économique, et d'autres sont en préparation. La présidence s'attellera à mettre en œuvre le nouveau cadre renforcé de gouvernance économique et elle favorisera et mettra en œuvre les mesures jugées nécessaires pour améliorer encore la gouvernance économique et renforcer la surveillance budgétaire de façon à assurer la stabilité budgétaire. Le "six-pack", le nouveau traité intergouvernemental et le "two-pack" constituent de nouveaux paramètres importants qui modifient la formulation de la politique budgétaire et renforcent la gouvernance économique. En notre qualité de présidence, nous sommes prêts à aller de l'avant et à faire progresser les nouvelles mesures qui pourraient être décidées par le Conseil, le Conseil européen et l'Eurogroupe dans le domaine de la politique économique.

Parallèlement aux mesures d'assainissement budgétaire, il est crucial de stimuler le développement et la croissance économique. Il est communément admis que la croissance est alimentée par les initiatives du secteur privé. Le retour à la stabilité macroéconomique et le rétablissement de la confiance à l'égard des finances publiques s'imposent si l'on veut favoriser les investissements privés et relever les taux d'emploi et de croissance durable. Dans cet esprit, nous encouragerons un certain nombre d'autres mesures propices à la croissance, que j'ai évoquées tout à l'heure, par exemple en liaison avec le marché unique.

D'une manière générale, la discipline budgétaire dans la zone euro et l'UE dans son ensemble doit s'accompagner d'une action résolue en faveur de la croissance. Telle est la voie que nous suggérons pour faire face, avec la plus grande efficacité possible, aux conséquences de la crise économique actuelle. Les politiques exclusivement axées sur l'austérité n'ont pas atteint leur but.

Comment approfondir encore le marché unique, dont l'année 2012 marque le 20e anniversaire?

Depuis 1992, le marché unique a apporté des avantages considérables et a ouvert de nouvelles perspectives pour les citoyens et les entreprises d'Europe. En dépit des progrès accomplis jusqu'ici, il reste de nombreux obstacles injustifiés dans certains secteurs de l'économie, qui ont une incidence négative sur la croissance. Le marché unique n'en reste pas moins un des moteurs de l'économie de l'UE et un de nos principaux atouts dans la lutte contre la crise économique et le renforcement de la compétitivité. La promotion des mesures liées au marché unique et les éventuelles nouvelles mesures dans le cadre du second Acte pour le marché unique, qui sera présenté prochainement, devraient rétablir la confiance dans le marché unique et contribuer à stimuler la croissance économique et le progrès social en créant un environnement propice pour les consommateurs, les travailleurs et les petites entreprises. La présidence chypriote se focalisera, dans le cadre du marché unique, sur les points suivants:

  • reconnaissance des qualifications professionnelles,
  • gestion collective des droits de propriété intellectuelles,
  • règlement extrajudiciaire des litiges de consommation et règlement en ligne des litiges,
  • normes comptables,
  • paquet législatif sur les marchés publics,
  • orientations pour les réseaux transeuropéens d'énergie, de transports et de télécommunications,
  • taxation des produits énergétiques,
  • détachement de travailleurs,
  • authentification électronique.

 

Par ailleurs, la présidence lancera les travaux sur le second Acte pour le marché unique, dont le texte devrait être adopté par la Commission après l'été, dans le but de stimuler les efforts destinés à libérer tout le potentiel de croissance et de création d'emplois du marché unique.

Pensez‑vous que le régime d'asile européen commun pourra devenir réalité d'ici à la fin de l'année?

Le régime d'asile européen commun (RAEC) est un engagement auquel les États membres ont souscrit en vertu du traité de Lisbonne. Cette obligation est plus explicite encore dans le programme de Stockholm, dans le cadre duquel les États membres se sont engagés à établir, au plus tard en 2012, une procédure commune d'asile.

Des progrès substantiels ont été réalisés sous les présidences polonaise et danoise sur les différents éléments législatifs nécessaires pour mener à bien la mise en place du RAEC. Le rôle de la présidence chypriote sera crucial puisque, désormais, tout doit être mis en œuvre pour dégager un accord d'ici à la fin de l'année. Nous sommes toutefois conscients du défi considérable que cela représente. Il reste des divergences de vues entre les institutions et les États membres de l'Union sur le degré et le rythme d'intégration dans le domaine de l'asile. La présidence chypriote s'attachera donc en priorité à régler toutes les questions en suspens, tant sur le fond (des divergences subsistent sur les textes législatifs) que du point de vue de la procédure (il s'agit d'achever les négociations avec le Parlement européen).

Il faut toutefois être clair: la tâche ne sera pas facile, notamment en raison de la crise financière actuelle qui oblige les États membres à appliquer des mesures d'austérité, dans tous les domaines, y compris pour ce qui est des procédures liées à l'asile. Dans ces circonstances, la tâche de la présidence, qui consiste à mettre en place d'ici la fin de l'année une législation équilibrée qui prévoira "des normes élevées en matière de protection" pour ceux qui le méritent et "des procédures équitables et efficaces permettant de prévenir les abus" sans coûts administratifs supplémentaires pour les États membres, constitue un défi plus grand encore. Nous pensons toutefois que le consensus voulu sera atteint car tous les États membres et toutes les institutions ont conscience que la mise en place, dans les meilleurs délais, du RAEC est dans l'intérêt de l'Union dans son ensemble.

À la suite du Printemps arabe, votre pays s'efforce de rapprocher l'Europe de ses voisins. Quelles sont les initiatives que prendra la présidence chypriote à cet égard?

La présidence chypriote appuiera la Haute Représentante, Mme Ashton, dans les efforts qu'elle déploie pour renforcer les relations avec les voisins méridionaux de l'Union. L'objectif est évidemment de soutenir la transition démocratique de nos partenaires du Sud, sur la base du principe "donner plus pour recevoir plus". L'Europe doit lancer une stratégie destinée à garantir le pluralisme et le caractère multiforme des relations avec ses partenaires méditerranéens. Le dialogue avec les pays de la région à propos des relations économiques et commerciales, ainsi que sur d'autres questions d'intérêt mutuel, telles que la migration, la mobilité et la sécurité, sera renforcé.


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