Donald Tusk: les Polonais croient dans le projet européen

When Poles are asked who they think is best qualified to overcome the current crisis, they point to the European institutions. The achievements of Poland are living proof of the success of the European ideal, says Donald Tusk, Polish Prime Minister, in an exclusive interview for this website stressing that his country now would like to share its experience and ideas with the rest of Europe. Poland holds the Presidency of the Council of the European Union during the second half of 2011.

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Donald Tusk, Prime Minister of the Republic of Poland
© Prime Minister's Office

Donald Tusk: les Polonais croient dans le projet européen


M. Donald Tusk, premier ministre
de la République de Pologne
© Cabinet du premier ministre

Lorsqu'on demande aux Polonais qui est, selon eux, le mieux placé pour surmonter la crise actuelle, ils citent les institutions européennes. Les progrès de la Pologne constituent une preuve vivante du succès de l'idéal européen, déclare Donald Tusk, le Premier ministre polonais, dans un entretien exclusif pour ce site web, soulignant que son pays aimerait à présent partager son expérience et ses idées avec le reste de l'Europe. La Pologne exerce la présidence du Conseil de l'Union européenne au cours du deuxième semestre de 2011.

Monsieur le Premier ministre, dans le programme qu'elle a présenté pour sa première présidence du Conseil de l'UE, la Pologne souligne qu'elle aura pour tâche principale de ramener l'Union européenne sur la voie de la croissance économique. Comment y parvenir face aux difficultés et aux défis de plus en plus nombreux auxquels est confrontée l'Union?

La crise actuelle est le défi le plus important qui ait jamais menacé la poursuite de la croissance en Europe. L'UE a déjà montré qu'elle savait comment affronter une récession économique. Les expériences en matière de dette publique excessive et de faible niveau de compétitivité économique en Europe nous ont permis de tirer quelques enseignements. Nous avons pris les premières mesures pour corriger les erreurs du passé: nous avons introduit le Pacte pour l'euro plus et nous avons également décidé de créer des instruments tels que le Mécanisme européen de stabilité. Cependant, ces réformes essentielles ne constituent qu'une première étape. Bien qu'elles soient indispensables, elles ne sont pas suffisantes. Nous devons aller plus loin et engager une discussion commune concernant la base de la croissance économique européenne pour les prochaines décennies.

Nous avons des idées bien précises à ce sujet. Nous pensons que la poursuite de l'intégration du marché intérieur européen est un moyen de favoriser une croissance économique soutenue au cours des décennies à venir. Bien que la Pologne ne soit pas encore membre de la zone euro, elle a déjà montré l'exemple puisqu'elle est un des premiers pays d'Europe dont la constitution stipule que la dette publique ne peut pas dépasser 60 % du PIB. Nous sommes également l'un des premiers États à avoir adopté une loi interdisant une augmentation excessive du déficit budgétaire. Aujourd'hui, nous sommes également fiers d'avoir une des économies les plus dynamiques d'Europe: au cours du premier semestre de 2011, notre PIB a progressé de 4,4 %, ce qui est un des meilleurs résultats de toute l'UE.

Quels arguments pouvez-vous faire valoir à l'appui de la solution consistant à stimuler la croissance économique par la poursuite du développement du marché intérieur et à utiliser le budget de l'UE pour créer une Europe plus compétitive?

Bien que le marché intérieur soit en place depuis 20 ans, il recèle encore un potentiel inexploité considérable. Nous estimons que le démantèlement des obstacles encore existants (par exemple, sur le marché du commerce électronique) pourrait permettre au PIB de l'UE de connaître une accélération de sa croissance allant jusqu'à deux points de pourcentage par an. Ce n'est que lorsque le marché intérieur sera devenu un véritable marché unique que les entreprises européennes pourront tirer tous les bénéfices des possibilités offertes par l'accès à un demi-milliard de consommateurs.

Nous devons écarter toute crainte vis-à-vis d'une intégration économique plus approfondie, car elle est notre seule chance de sortir définitivement de la crise et de chasser le spectre de son retour. Ne mâchons pas nos mots: les exportations allemandes ou néerlandaises n'auraient pas connu un tel succès sans un vaste marché européen. La Pologne, qui est le seul pays de l'UE à ne pas avoir sombré dans la récession, ne s'en serait pas si bien tirée si le marché de l'Union européenne n'avait pas existé. Ce marché intérieur représente notre plus grand avantage concurrentiel, et la position de l'Europe sur la scène mondiale dépend de sa solidité. Jacques Delors a déclaré autrefois qu'"on ne tombe pas amoureux du marché unique". Nous n'avons pourtant aujourd'hui pas d'autre choix que de développer ce marché et d'en tomber éperdument amoureux.

Au cours de notre présidence, nous lancerons des discussions sur les nouveaux cadres financiers pluriannuels sur la base de propositions présentées par la Commission européenne. Comme tout État exerçant la présidence, la Pologne agira en modérateur impartial à cette occasion en cherchant des compromis et des solutions qui serviront les intérêts de tous les partenaires européens. Cela ne signifie toutefois pas qu'elle ne fera pas valoir ses propres opinions lors de ces débats. Notre philosophie dans le domaine budgétaire peut se résumer en une phrase: "L'objectif du budget est d'investir dans l'Europe". Le budget de l'UE doit devenir le principal instrument de mise en œuvre de la stratégie Europe 2020.

Quels observations formuleriez-vous en ce qui concerne l'autre priorité: une Europe sûre - améliorer la sécurité dans les domaines de la défense, de l'énergie et des denrées alimentaires?

Il ne fait aucun doute aujourd'hui que la coopération entre l'UE et l'OTAN doit être renforcée au niveau politique et opérationnel. Si tous les États membres de l'UE marquent leur accord, nous lancerons un débat politique à ce sujet en coopération avec la Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le "groupement tactique de Weimar", qui est mis en place actuellement grâce à une collaboration entre la Pologne, la France et l'Allemagne, pourrait devenir un modèle pour les "groupements tactiques" de l'Union en fournissant à celle-ci un véritable instrument de conduite des opérations militaires (des activités de stabilisation, par exemple).

En ce qui concerne la politique énergétique, la présidence polonaise souhaiterait ouvrir un débat politique sur le volet extérieur de notre stratégie dans ce domaine. Nous considérons que la position de l'Union à l'égard des grands producteurs, des consommateurs et des pays de transit pourrait être bien plus solide si nous parlions d'une seule voix. Nous avons l'intention de nous concerter avec tous les États membres et les institutions de l'UE afin d'identifier les instruments nécessaires pour mettre en place une telle politique énergétique extérieure.

Le troisième élément de notre définition d'une "Europe sûre" est la sécurité de l'approvisionnement alimentaire. Nous avons encore en mémoire les événements de ces dernières semaines, lors desquels l'Europe a été, à juste titre, saisie de peur face à la possible infection de légumes par la bactérie E.coli. L'Union doit, de toute évidence, prendre des mesures supplémentaires pour améliorer la sécurité des aliments. Notre proposition va toutefois plus loin. L'Europe doit pouvoir développer sa capacité de production afin de tenir compte de la croissance prévue de la population mondiale. Sous la présidence polonaise, les discussions sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC) entreront dans une phase décisive (même si elles ne seront pas menées à terme). Nous souhaitons que la politique agricole commune réformée utilise efficacement les ressources financières de l'UE, soit en phase avec les besoins du marché et tienne compte du bien commun, en préservant en particulier le milieu naturel.

La présidence polonaise compte améliorer la coopération entre l'UE et les pays du Sud tout en veillant à ce que l'Europe ne perde pas de vue ses voisins orientaux. Qu'attendez-vous du sommet de Varsovie avec les partenaires orientaux qui se tiendra fin septembre?

Nous aimerions que le sommet du Partenariat oriental adopte des décisions politiques fondamentales concernant les principes de la coopération avec nos voisins de l'Est. Ce sommet, auquel assisteront des dizaines de chefs d'État ou de gouvernement, doit insuffler une nouvelle vie au projet. Le Partenariat oriental est déjà un succès: nos relations avec l'Ukraine et la Moldavie en sont la preuve. L'Ukraine devrait bientôt conclure les négociations portant sur un accord d'association et de coopération économique renforcée.

Mais nous ne devons pas nous arrêter là. Le Partenariat oriental doit également servir d'instrument à la politique de l'Union vis-à-vis de la Biélorussie. Les autorités biélorusses ont rejeté l'offre de l'Europe et poursuivent leur politique de répression de l'opposition démocratique. L'Europe ne peut pas tolérer les violations des droits humains fondamentaux, mais elle doit parallèlement mettre tout en œuvre pour éviter que la population biélorusse soit la victime d'un renforcement des sanctions à l'encontre du régime de Loukachenko. Il nous faut dès lors redéfinir le Partenariat oriental afin de le faire reposer davantage sur le principe "moins pour moins" et "plus pour plus". Nos voisins doivent constater que s'ils empruntent le chemin des réformes démocratiques et du marché, ils en seront récompensés. Choisir d'aller dans la direction opposée aura de graves conséquences.

Les Polonais figurent parmi les nations les plus europhiles. Certains experts s'attendent à ce que la présidence polonaise insuffle un certain optimisme dans les affaires de l'Union européenne. Pourraient-ils avoir raison?

Les Polonais sont europhiles et croient dans le projet européen. Il leur suffit d'ouvrir les yeux pour constater qu'il fonctionne. Depuis des années, les sondages d'opinion confirment que les Polonais comptent parmi les plus fervents partisans des institutions européennes et d'une intégration européenne plus étroite. Lorsqu'on leur demande qui est, selon eux, le mieux placé pour surmonter la crise actuelle, ils citent sans hésitation les institutions européennes. Les progrès réalisés par notre pays (dont la population compte 38 millions de personnes) sont une preuve vivante du succès de l'idéal européen. Nous aimerions partager notre expérience et nos idées avec le reste de l'Europe.

Comment la présidence polonaise collaborera-t-elle avec les futurs présidences danoise et chypriote?

La coopération est excellente. La Pologne, le Danemark et Chypre ont élaboré le programme de travail de dix-huit mois de la présidence, qui couvre leurs trois présidences successives. C'est un document équilibré: il tient compte des défis auxquels est confrontée l'Union et des idées originales que nous aimerions exposer à tous nos partenaires de l'UE. Nous espérons que le programme que nous avons élaboré conjointement formera une base solide pour la planification des activités du Conseil de l'Union européenne.

Site web de la présidence polonaise (pl, en, fr, de)


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